Les principales caractéristiques de l'emploi qui sont présentées ci-dessous reprennent les conclusions du CEP, de diverses études récentes et des travaux de la CPNEF-SV.

Un secteur d'emploi extrêmement complexe et composite

En 2008, les 17 420 employeurs de la branche du spectacle vivant ont employé près de 186 460 salariés (professionnels ayant travaillé au moins une heure au cours de l'année) cf Tableau de bord de l'emploi et de la formation

Néanmoins, le spectacle vivant est un monde composite qui regroupe des disciplines artistiques et des esthétiques différenciées relatives aux arts de la scène : art dramatique, danse, musique, arts du cirque, arts visuels ou de la rue.

Aussi, la branche rassemble une mosaïque d'entreprises. Celles-ci produisent, diffusent ou accueillent des spectacles (parfois elles combinent ces activités), ou encore, offrent des prestations de services techniques. Alors que certaines entreprises exercent une activité d'exploitation de lieux de spectacles, d'autres ne disposent pas de lieux fixes, tels les producteurs et diffuseurs. Les grosses structures côtoient les plus petites aux économies fragiles et dépendantes du contexte socio-économique. Citons pour exemples : les opéras, théâtres nationaux, zéniths, orchestres, music-hall, petites salles, compagnies, groupes musicaux, festivals, ateliers de construction de décors ou de costume, prestataires dans les domaines son/lumière/structure, etc. Ces employeurs qui ont pour activité principale le spectacle vivant relèvent des codes de la nomenclature des activités française (NAF) : 9001Z, 9002Z, ou 9004Z.
Parallélement à la branche professionnelle du spectacle vivant, des employeurs qui ressortent d'autres champs professionnels (et donc d'autres codes NAF) peuvent produir des spectacles à titre non principal, tels les parcs de loisirs, casinos, cafés hôtels restaurants, discothèques, MJC, entreprises diverses, particuliers, etc. Dans ce cas, ils utilisent les services du GUSO pour effectuer leurs déclarations sociales. En 2008, ils étaient 88 870 et ont proposé de l'emploi à 67 530 salariés.

Monde composite également, parce qu'il fait cohabiter des groupes professionnels qui forment des segments relativement étanches du marché de l'emploi et qui se définissent selon une combinaison de critères : la nature de l'activité individuelle (emplois artistiques, techniques ou administratifs), la forme d'emploi (CDI, CDD, contrats aidés, agents de la fonction publique, etc.), et la catégorisation professionnelle (artistes, cadres, TAM, ouvriers, employés). En 2008, le nombre d'artistes s'élevait à près de 126 500 (dont 126 000 en CDDU), et les autres personnels techniques et administratifs à 110 950 (dont 61 180 en CDDU).

Monde composite, encore parce que le spectacle vivant mobilise une multitude de métiers ; soit près de 250 métiers répertoriés précisément dans une nomenclature définie par la CPNEF-SV. Certains, occupent quelques milliers de salariés (Musicien, Comédien, Machiniste, Régisseur son, Administrateur de production...), tandis que d'autres font référence à des spécialités rarissimes (Danseur étoile, Régisseur d'orchestre, Plumassier, Voilier…).

Monde composite toujours du fait de la cohabitation de deux secteurs aux logiques économiques spécifiques : l'un bénéficiant du soutien des pouvoirs publics ou des organismes professionnels, l'autre reposant sur l'initiative privée.

Monde composite enfin car on y observe une forte dispersion de moyens, pour les employeurs, et de revenus, pour les salariés dont les situations professionnelles sont extrémement inégales.

une majorité des micro-structures et d'emplois non permament

Majoritairement, la production de spectacles induit un fonctionnement par "projet artistique" qui mobilise pour un temps déterminé une équipe artistique, technique et administrative. Cette logique a conduit les salariés à travailler de façon discontinue, sous CDD, et les entrepreneurs de spectacles à recruter ponctuellement leurs personnels et à externaliser une part importante des services (éclairage, son, machinerie, décors, costume, maquillage etc.).

Cette fragmentation de l'emploi va de pair avec l'existence d'une multiplicité de très petites entreprises aux économies précaires : 18% des employeurs de la branche déclaraient en 2008 n'avoir eu qu'un seul salarié et 45% d'entre eux plus de 5 salariés (tous types de contrat de travail confondus). 87% des salariés exercent sous CDD (71% en CDDU et 16% en CDD).

De plus, signe fort de l'hétérogénéité des activités, on compte actuellement une quinzaine d'organisations patronales représentatives et cinq conventions collectives différentes pour le spectacle, dont quatre étendues, ainsi qu'une série d'accords d'entreprises et d'annexes relatives aux spectacles figurant dans des conventions collectives d'autres secteurs (animation, parcs de loisirs).

Un déséquilibre structurel persistant entre l'offre et la demande d'emploi

Dans la mesure où il n'existe pas de "carte professionnelle" reglementant l'accès à ces professions ou de diplômes obligatoires (sauf pour l'enseignement de la danse), le marché du travail est réputé ouvert. La fascination qu'exerce le monde du spectacle vivant en fait un secteur particulièrement attirant. La "passion" et la "vocation" pour l'exercice d'un art de la scène demeurent donc le premier moteur d'entrée dans la profession, et avec elles trop souvent l'illusion que la formation et la qualification ne sont pas primordiales.

Ainsi, les enquêtes quantitatives font état d'une augmentation constante des effectifs bien supérieure à l'offre d'emploi. Du fait de cette concurrence, encore accentuée par une concentration de jours de travail sur une proportion réduite de salariés, les durées annuelles moyennes de travail sont à la baisse, et donc également, les niveaux de rémunération. L'étroitesse du marché du travail ne cesse de se confirmer. Ainsi qu'un fort taux de turn over, les individus éprouvant de fortes difficultés à la fois pour s'insérer sur le marché de l'emploi et pour s'y maintenir. Globalement, les situations individuelles se dégradent et il devient de plus en plus difficile de vivre de son métier et de faire carrière.

L'emploi est de plus en plus discontinu et corrélé à de la poly-compétence. Les analyses des carrières disponibles démontrent l'existence d'une démultiplication professionnelle et d'une mobilité très importante organisée autour d'un cœur de compétences (ou activité principale). ll peut arriver par exemple qu'un artiste soit aussi technicien ou administrateur. Les individus se trouvent alors engagés dans plusieurs réseaux professionnels. Ce cumul de fonctions, ou de métiers, permet de réduire les risques professionnels attachés à des carrières incertaines, où l'emploi reste rare, concentré sur de petites durées et où les gains sont plutôt faibles. Une partie importante de professionnels est donc amenée à exercer des activités complémentaires, qu'elles soient choisies ou subies, connexes (tel les activités d'auteurs, l'enseignement artistique...) ou complétement déconnectées du spectacle vivant.

Une offre de formation exponentielle et peu structurée

Le spectacle vivant très dynamique, est traversé par des courants artistiques et esthétiques profondément novateurs qui demandent un réajustement permanent des compétences. En effet, les formes artistiques sont loin d'être figées ; certaines disparaissent ou tombent dans le désaveu du public, tandis que d'autres, d'abord expérimentales et confidentielles, envahissent le devant de la scène et remportent un plein succès. Ces évolutions impactent la technologie scénique (sophistication des équipements, informatisation et passage au numérique) et le domaine administratif qui se complexifie (gestion financière, billetterie, régles et normes de sécurités...). Aussi, les salariés expriment d'importants besoins de formation tout au long de la vie.

Depuis une petite dizaine d'année, les représentants de la profession constatent une croissance exponentielle de l'offre de formation professionnelle initiale et continue dans les différents secteurs d'activité du spectacle vivant. Cette augmentation et cette diversification de l'offre faisaient partie des recommandations du CEP en 1997 visant à améliorer la professionnalisation des salariés. En effet, en matière d'acquisition des compétences, les professionnels ont longtemps privilégié l'apprentissage sur "le tas", estimant que leurs métiers étaient trop particuliers pour être appris dans un cursus scolaire ou dans un centre spécialisé. De fait, le spectacle vivant, est encore fortement marqué par une logique artisanale qui privilégie la transmission de savoir-faire en situation de travail et la logique de compagnonnage. Cependant, le développement de l'emploi intermittent, la diversification des formes de spectacles, l'évolution des technologies et les exigeance d'un public de plus en plus averti ont fait naître un réel besoin de personnels détenteurs de qualifications maîtrisées et reconnues.

Aujourd'hui, le paysage est très contrasté : cohabitent quelques filières de formations initiales (principalement des écoles d'excellence très sélectives reconnues par le ministère de la Cutlure), et bon nombre de formations très diverses proposées par des organismes privés plus ou moins réputés destinées à renforcer les compétences des salariés déjà insérés sur le marché du travail, organisées dans leurs grandes majorités sous forme de stages de courte durée.

Ce fourmillement de l'offre pose en premier lieu sur un problème de lisibilité de l'offre pour les "utilisateurs" (employeurs ou salariés). La CPNEF-SV a ainsi créé un répertoire des formations . L'absence de "contrôle qualité", d'évaluation ou de validation par la branche (agrément), renforce ce sentiment de flou et laisse la part belle au marché et à la concurrence entre les organismes de formation. Le développement des certifications (Diplômes, titres et CQP) permet progressivement d'y remédier. Plus fondamentalement, la question de l'adéquation de l’offre aux besoins des entrepreneurs de spectacle reste posée et diverses études sont désormais conduites.

Repères
1920
  • Création du SDT -Syndicat des Directeurs de Tournées- (devenu SNES)
1936
  • Création du SDTP -Syndicat des Directeurs de Théâtres Privés-
  • Création du régime de salarié intermittent à employeurs multiples pour les techniciens et cadres du cinéma
1939
  • Création de la Caisse des congés spectacles, gestionnaire des congés payés
1945
  • Ordonnance du 13 octobre 1945 donnant la définition de la salle de spectacles et du métier d'entrepreneur de spectacle (modifiée en 1999)
1946
  • Création du Centre Dramatique de l'Est (Strasbourg) : 1er CDN
1947
  • Fondation du Festival d'Avignon par Jean Vilar
1955
  • Création de l'ADAMI
1956
  • Création du SNAM-CGT -Syndicat national des artistes musiciens de France-
1958
  • Création du régime d'assurance chômage de l'Unédic
  • Création du SFA-CGT -Syndicat français des artistes interprètes-
1959
  • Création du Ministère d'Etat chargé des Affaires Culturelles, confié à André Malraux
  • Création de la SPEDIDAM
1961
  • Création de la première Maison de la culture, au Havre
1964
  • Création du Fonds de soutient au théâtre privé
1965
  • Mise en place de l'annexe 8 au régime général d'assurance chômage.
1967
  • Création des ANPE et des premières antennes Spectacle
1968
  • Adoption de l'annexe 10 au régime général d'assurance chômage.
1969
  • Les artistes interprètes sont intégrés au régime "d'intermittent", puis les techniciens du spectacle.
1971
  • Création du SYNDEAC - Syndicat national des directeurs d'entreprises artistiques et culturelles
1972
  • Création de l'AFDAS, Fond d'assurance formation
  • Création du SYNAPSS -Syndicat national des petites structures de spectacles-
  • Création de l'Ecole de cirque Annie Fratellini
1973
  • Signature de la convention culturelle des entreprises d'action culturelle (elle deviendra en 1984 la convention culturelle des entreprises artistiques et culturelles).
  • Création du FNAS
  • Mise en place des premiers Directeurs régionaux des Affaires culturelles
1975
  • Création du GRISS, mandaté pour gérer les retraites complémentaires et la prévoyance
1983
  • Création de l'établissement public de l'Opéra Bastille (ouverture en 1990)
1984
  • Création des CCN - Centres chorégraphiques nationaux-
  • Ouverture du premier Zénith (Paris)
1985
  • Loi sur le droit d'auteur et les droits voisins (3 juillet)
1986
  • Création du Fonds de soutien Chanson, Variété, Jazz (devenu CNV en octobre 2002)
  • Inauguration du CNAC - Centre national des arts du cirque de Châlon en Champagne
1988
  • Ouverture du Théâtre national de la Colline
1989
  • Création du SYNPOS -Syndicat national des producteurs des producteurs de spectacles (devenu PRODISS en 2001)
  • Ouverture du Bac A3 option "Théâtre et expression dramatique"
1990
  • Création du SYNPASE - Syndicat national des prestataires de l'audiovisuel, scénique et événementiel-
  • Inauguration du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, situé auprès de la Cité de la musique
1991
  • Création du SNAPAC - CFDT -Syndicat national des professions artistiques et culturelles-
  • Lancement du label "Scène nationale", regroupant les Maisons de la Culture et les CAC
1992
  • Grande mobilisation des intermittents pour l'amélioration de leurs conditions de travail
1993
  • Arrêté d'extension de la Convention collective des entrepreneurs de spectacles organisant des tournées (dite des tourneurs)
  • Arrêté d'extension de la Convention collective des entreprises privées de spectacles vivants (dite des Théâtres privés)
  • Jack Lang et Martine Aubry présentent "22 mesures pour améliorer les conditions de travail et d'emploi des professionnels intermittents du spectacle"
  • Création de la CPNEF-SV -Commission Paritaire Nationale Emploi/Formation du Spectacle Vivant-
  • Création de HorsLesMurs
1994
  • Arrêté d'extension de la Convention collective des entreprises artistiques et culturelles (dite du Syndeac)
1995
  • Création du SNDTP -Syndicat National des Directeurs de Théâtres Publics- (devenu SNDTV en 1998)
1997
  • Publication du Contrat d'étude prospective Spectacle vivant, rapport socio-économique sur la branche qui se conclut par une série de recommandations pour améliorer les conditions d'emploi, la qualification et la formation
  • Création du SNFAC -Syndicat des nouvelles formes des arts du cirque-
  • Création de la Fédération des arts de la rue
1998
  • Création d'une direction unique de la musique, de la danse et du théâtre au sein du ministère de la Culture : la DMDTS
  • Création du CND - Centre national de la danse-
  • Mise en place du Programme nouveaux services - nouveaux emplois (emplois jeunes)
1999
  • Loi du 19 mars réformant l'ordonnance 1943 relatives aux spectacles (Licences d'entrepreneur de spectacles)
2000
  • Circulaire du 13 juillet 200 relative à la Licence d'entrepreneur de spectacle
2001
  • Définition d'une nomenclature harmonisée des emplois du spectacle vivant par la CPNEF-SV
2001/2002
  • Année des arts du cirque
2002
  • Accord portant création des Certificats de Qualification dans le spectacle vivant (CQP)
2003
  • Juin : mouvement social des professionnels du spectacle contre le nouveau protocole de régime d'assurance chômage spécifique – grèves – annulation du festival In d'Avignon
2004
  • Loi du 4 mai 2004 sur la formation professionnelle tout au long de la vie (création des contrats de professionnalisation, des périodes de professionnalisation, et, du DIF)
  • Création de la CPNEF-AV
2005
  • Création de l'Observatoire prospectif des métiers et des qualifications du spectacle vivant : OPMQ-SV
2006
  • Création du SMA – Syndicat national des petites et moyennes structures non-lucratives de musiques actuelles
  • Création de la CPC spectacle vivant
  • Signature de l'accord EDEC du spectacle vivant (Engagement de Développement de l'Emploi et des Compétences)
2008
  • Entretiens de Valois
2009
  • Signature de l'accord cadre national ADEC du spectacle vivant (Actions de développement de l'Emploi et des Compétences)
  • Création de Pôle emploi : fusion de ANPE-UNEDIC
2010
  • Création de la Direction générale de la création artistique (DGCA) au sein du ministère de la Culture regroupant la DMDTS et la DAP