Les principales caractéristiques de l'emploi qui sont présentées ci-dessous reprennent les conclusions du CEP, de diverses études récentes, et, des travaux de la CPNEF-SV.

Un secteur d'emploi extrêmement complexe et composite

En 2003, le spectacle vivant employait près de 119 000 salariés (soit plus que la presse, l'édition, la radio-télévision ou le cinéma), et il représentait ¼ de l'emploi culturel total.
Néanmoins, le spectacle vivant est un monde composite qui regroupe des disciplines artistiques et des esthétiques différenciées : art dramatique, danse, musique, arts du cirque, arts visuels ou de la rue.

Aussi, la branche rassemble une mosaïque d'entreprises. Celles-ci produisent, diffusent ou accueillent des spectacles (parfois elles combinent ces activités), ou encore, offrent des prestations de services techniques. Alors que certaines exercent une activité d'exploitation de lieux de spectacles, d'autres ne disposent pas de lieux fixes. Les grosses structures côtoient les plus petites aux économies fragiles et dépendantes du contexte socio-économique. Citons pour exemples : les opéras, théâtres nationaux, zéniths, orchestres, compagnies, music-hall, petites salles, chapiteaux, festivals, etc. On peut citer également les structures qui ressortent d'autres champs professionnels mais qui produisent ou diffusent fréquemment des spectacles : les parcs de loisirs, casinos, cafés hôtels restaurants, discothèques, MJC, sociétés d'événement, entreprises, etc.).

Monde composite également, parce qu'il fait cohabiter des groupes professionnels qui forment des segments relativement étanches du marché de l'emploi et qui se définissent selon une combinaison de critères : la nature de l'activité individuelle (emplois artistiques, techniques ou administratifs), la forme d'emploi (CDI, CDD, contrats aidés, etc.), et la catégorisation professionnelle (artistes, cadres, TAM, ouvriers, employés).

Monde composite, encore parce que le spectacle vivant mobilise une multitude de métiers ; soit près de 250 métiers répertoriés précisément dans une nomenclature définie par la CPNEF-SV. Certains, occupent quelques milliers de salariés (Musicien, Comédien, Machiniste, Régisseur son, Administrateur de production...), tandis que d'autres font référence à des spécialités rarissimes (Danseur étoile, Régisseur d'orchestre, Plumassier, Voilier…).

Monde composite toujours du fait de la cohabitation de deux secteurs aux logiques économiques spécifiques : l'un bénéficiant du soutien des pouvoirs publics ou des organismes professionnels, l'autre reposant sur l'initiative privée.

Monde composite enfin car on y observe une forte dispersion des revenus.

De l'emploi permanent qui se raréfie et une majorité des micro-structures

Majoritairement, la production de spectacles induit un fonctionnement par "projet artistique" qui mobilise pour un temps déterminé une équipe artistique, technique et administrative. Cette logique a conduit les salariés à travailler de façon discontinue, sous CDD, et, les entrepreneurs de spectacles à recruter ponctuellement leurs personnels et à externaliser une part importante des services (éclairage, son, machinerie, décors, costume, maquillage etc.).

On estime ainsi le nombre d'artistes intermittents à près de 66 000 (dont 31 000 musiciens et artistes lyriques, 23 000 comédiens, 6 000 danseurs), et celui des techniciens du spectacle vivant et de l'audiovisuel à près de 58 000 (src. "Le marché du travail des artistes et des techniciens intermittents de l'audiovisuel et du spectacle vivant (1987-2003)" – Note de l'Observatoire de l'emploi culturel n°43 – mai 2006). Quant aux permanents, il est actuellement plus difficile d'estimer leur volume global, faute de source adéquate.

Cette fragmentation de l'emploi va de pair avec l'existence d'une multiplicité de TPE. Le nombre total d'entreprises dont le spectacle vivant est l'activité principale s'élève à près de 13 000 (src. Bilan d'activité 2004 de l'AFDAS), et il n'est pas anodin de souligner que seulement 4 % d'entre elles comptent plus de 10 salariés permanents. La fragilité des entreprises, aux économies souvent précaires, est avérée.

De plus, signe fort de l'hétérogénéité des activités, on compte actuellement une quinzaine d'organisations patronales représentatives et quatre conventions collectives différentes pour le spectacle, dont trois étendues, ainsi qu'une série d'accord d'entreprises et d'annexes relatives aux spectacles figurant dans des conventions collectives d'autre secteurs (animation, parcs de loisirs).

Un déséquilibre structurel persistant entre l'offre et la demande d'emploi.

Dans la mesure où il n'existe pas de "carte professionnelle" ou de diplômes obligatoires, le marché du travail est réputé ouvert. La fascination qu'exerce le monde du spectacle vivant en fait un secteur particulièrement attirant. La "passion" et la "vocation" pour l'exercice d'un art de la scène demeurent donc le premier moteur d'entrée dans la profession, et avec elles trop souvent l'illusion que la formation et la qualification ne sont pas primordiales. Ainsi, les enquêtes quantitatives font état d'une augmentation constante des effectifs tandis que le volume d'emploi reste stable. Le rythme de croissance des effectifs intermittents est estimé entre 6 % à 9 % selon les sources. Du fait de cette concurrence accrue, encore accentuée par une concentration de jours de travail sur une proportion réduite de salariés, les durées annuelles de travail sont à la baisse, et donc également, les niveaux de rémunération. L'étroitesse du marché du travail ne cesse de se confirmer. Ainsi qu'un fort taux de turn over, les individus éprouvant de fortes difficultés à la fois pour s'insérer sur le marché de l'emploi et pour s'y maintenir.

Des profils d'emploi souvent imprécis

Les particularismes liés aux métiers de la scène et aux évolutions du secteur du spectacle vivant favorise la polyactivité et des recompositions incessantes d'activités. Aussi, une bonne partie des salariés de la branche ne se projettent pas dans l'exercice d'un métier mais pensent en termes d'activités ou de constellation de tâches professionnelles. Les analyses des carrières disponibles démontrent l'existence d'une démultiplication professionnelle et d'une mobilité très importante organisée autour d'un cœur de compétences (ou activité principale). Il peut arriver par exemple qu'un Artiste soit aussi Technicien ou Enseignant. Les individus se trouvent alors engagés dans plusieurs réseaux professionnels. Ce cumul de fonctions, ou de métiers, permet de réduire les risques professionnels attachés à des carrières incertaines, où l'emploi reste rare, concentré sur de petites durées et où les gains sont plutôt faibles.

Néanmoins, lorsque cette polyvalence est assimilable à une succession d'interventions disparates elle empêche la construction d'une véritable carrière et l'insertion dans l'emploi.

Des évolutions artistiques et techniques permanentes

Le spectacle vivant est traversé par des courants profondément novateurs qui demandent un réajustement permanent des compétences. Ces évolutions concernent la technologie scénique (qui va dans le sens d'une hyper sophistication des équipements et d'une complexification des normes en usages), les modes d'enregistrement, ou plus fondamentalement les esthétiques. En effet, les formes artistiques sont loin d'être figées ; certaines disparaissent ou tombent dans le désaveu du public, tandis que d'autres, d'abord expérimentales et confidentielles, envahissent le devant de la scène et remportent un plein succès. Aussi, les salariés expriment d'importants besoins de formation tout au long de la vie pour nourrir les créations auxquelles ils participent.

Une offre de formation exponentielle et peu structurée

Depuis une petite dizaine d'année, les représentants de la profession constatent une croissance exponentielle de l'offre de formation continue dans les différents secteurs d'activité du spectacle vivant. Cette augmentation et cette diversification de l'offre faisaient partie des recommandations du CEP visant à améliorer la professionnalisation des salariés. En effet, en matière de formation, les professionnels ont longtemps privilégié l'apprentissage sur "le tas", estimant que leurs métiers étaient trop particuliers pour être appris dans un cursus scolaire ni même dans un centre spécialisé. De fait, le spectacle vivant, est encore fortement marqué par une logique artisanale qui privilégie la transmission de savoir-faire en situation de travail et qui fonctionne sur la "présomption de compétence". Cependant, le développement de l'emploi intermittent, la diversification des formes de spectacles et l'évolution des technologies ont fait naître un réel besoin de personnels détenteurs de qualifications maîtrisées et reconnues.

Or aujourd'hui, le paysage est très contrasté et l'offre de formation peu structurée : cohabitent quelques filières de formations initiales (principalement des écoles d'excellence très sélectives), parfois diplômantes, et, bon nombre de formations destinées à renforcer les compétences des salariés déjà insérés sur le marché du travail, organisées dans leurs grandes majorités sous forme de stages de courte durée. Ce fourmillement pose en premier lieu un problème de lisibilité de l'offre pour les "utilisateurs" (employeurs ou salariés). L'absence de "contrôle qualité", d'évaluation ou de validation par la branche (agrément), renforce ce sentiment de flou et laisse la part belle au marché et à la concurrence entre les organismes de formation. Par ailleurs, la question de l'adéquation de l’offre aux besoins des entrepreneurs de spectacle reste entièrement posée.

Repères
1920 :
  • Création du SDT -Syndicat des Directeurs de Tournées- (devenu SNES)
1936 :
  • Création du SDTP -Syndicat des Directeurs de Théâtres Privés-
  • Création du régime de salarié intermittent à employeurs multiples pour les techniciens et cadres du cinéma
1939 :
  • Création de la Caisse des congés spectacles, gestionnaire des congés payés
1945 :
  • Ordonnance du 13 octobre 1945 donnant la définition de la salle de spectacles et du métier d'entrepreneur de spectacle (modifiée en 1999)
1946 :
  • Création du Centre Dramatique de l'Est (Strasbourg) : 1er CDN
1947 :
  • Fondation du Festival d'Avignon par Jean Vilar
1955 :
  • Création de l'ADAMI
1956 :
  • Création du SNAM-CGT -Syndicat national des artistes musiciens de France-
1958 :
  • Création du régime d'assurance chômage de l'Unédic
  • Création du SFA-CGT -Syndicat français des artistes interprètes-
1959 :
  • Création du Ministère d'Etat chargé des Affaires Culturelles, confié à André Malraux
  • Création de la SPEDIDAM
1961 :
  • Création de la première Maison de la culture, au Havre
1964 :
  • Création du Fonds de soutient au théâtre privé
1965 :
  • Mise ne place de l'annexe 8 au régime général d'assurance chômage.
1967 :
  • Création des ANPE et des premières antennes Spectacle
1968 :
  • Adoption de l'annexe 10 au régime général d'assurance chômage.
1969 :
  • Les artistes interprètes sont intégrés au régime "d'intermittent", puis les techniciens du spectacle.
1971 :
  • Création du SYNDEAC - Syndicat national des directeurs d'entreprises artistiques et culturelles
1972 :
  • Création de l'AFDAS, Fond d'assurance formation
  • Création du SYNAPSS -Syndicat national des petites structures de spectacles-
  • Création de l'Ecole de cirque Annie Fratellini
1973 :
  • Signature de la convention culturelle des entreprises d'action culturelle (elle deviendra en 1984 la convention culturelle des entreprises artistiques et culturelle).
  • Création du FNAS
  • Mise en place des premiers Directeurs régionaux des Affaires culturelles
1975 :
  • Création du GRISS, mandaté pour gérer les retraites complémentaires et la prévoyance
1983 :
  • Création de l'établissement public de l'Opéra Bastille (ouverture en 1990)
1984 :
  • Création des CCN - Centres chorégraphiques nationaux-
  • Ouverture du premier Zénith (Paris)
1985 :
  • Loi sur le droit d'auteur et les droits voisins (3 juillet)
1986 :
  • Création du Fonds de soutien Chanson, Variétéz, Jazz (devenu CNV en octobre 2002)
  • Inauguration du CNAC - Centre national des arts du cirque de Châlon en Champagne
1988 :
  • Ouverture du Théâtre national de la Colline
1989 :
  • Création du SYNPOS -Syndicat national des producteurs des producteurs de spectacles (devenu PRODISS en 2001)
  • Ouverture du Bac A3 option "Théâtre et expression dramatique"
1990 :
  • Création du SYNPASE - Syndicat national des prestataires de l'audiovisuel, scénique et événementiel-
  • Inauguration du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, situé auprès de la Cité de la musique
1991 :
  • Création du SNAPAC - CFDT -Syndicat national des professions artistiques et culturelles-
  • Lancement du label "Scène nationale", regroupant les Maisons de la Culture et les CAC
1992 :
  • Grande mobilisation des intermittents pour l'amélioration de leurs conditions de travail
1993 :
  • Arrêté d'extension de la Convention collective des entrepreneurs de spectacles organisant des tournées (dite des tourneurs)
  • Arrêté d'extension de la Convention collective des entreprises privées de spectacles vivants (dite des Théâtres privés)
  • Jack Lang et Martine Aubry présentent "22 mesures pour améliorer les conditions de travail et d'emploi des professionnels intermittents du spectacle"
  • Création de la CPNEF-SV -Commission Paritaire Nationale Emploi/Formation du Spectacle Vivant-
  • Création de HorsLesMurs
1994 :
  • Arrêté d'extension de la Convention collective des entreprises artistiques et culturelles (dite du Syndeac)
1995 :
  • Création du SNDTP -Syndicat National des Directeurs de Théâtres Publics- (devenu SNDTV en 1998)
1997 :
  • Publication du Contrat d'étude prospective Spectacle vivant, rapport socio-économique sur la branche qui se conclut par une série de recommandations pour améliorer les conditions d'emploi, la qualification et la formation
  • Création du SNFAC -Syndicat des nouvelles formes des arts du cirque-
  • Création de la Fédération des arts de la rue
1998 :
  • Création d'une direction unique de la musique, de la danse et du théâtre au sein du ministère de la Culture : la DMDTS
  • Création du CND - Centre national de la danse-
  • Mise en place du Programme nouveaux services - nouveaux emplois (emplois jeunes)
1999 :
  • Loi du 19 mars réformant l'ordonnance 1943 relatives aux spectacles (Licences d'entrepreneur de spectacles)
2000 :
  • Circulaire du 13 juillet 200 relative à la Licence d'entrepreneur de spectacle
2001 :
  • Définition d'une nomenclature harmonisée des emplois du spectacle vivant par la CPNEF-SV
2001/2002 :
  • Année des arts du cirque
2003 :
  • Juin : mouvement social des professionnels du spectacle contre le nouveau protocole de régime d'assurance chômage spécifique – grèves – annulation du festival In d'Avignon
2004 :
  • Loi du 4 mai 2004 sur la formation professionnelle tout au long de la vie (création des contrats de professionnalisation, des périodes de professionnalisation, et, du DIF)
2005 :
  • Création de la CPNEF-AV
  • Création de l'Observatoire prospectif des métiers et des qualifications
2006 :
  • Création du SMA –Syndicat national des petites et moyennes structures non-lucratives de musiques actuelles-
  • Création de la CPC spectacle vivant